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Les nouvelles promesses du jeûne. Quid de votre santé ? par le docteur PRADÈRE, Médecin en santé publique

Fini l’apéro sur le canapé, les barbecues en famille ou les pique-niques entre amis. La nouvelle tendance : jeûner. Une formidable opération détox, qui débarrasserait l’organisme des toxines, rendrait le teint clair et lumineux. Pour certains, ce serait même l‘occasion de perdre quelques kilos.
Jeûne 5/2, jeûne de 48h ou cure de jeûne, chacun sa formule, chacun sa promesse. Jeûner a pendant des siècles été synonyme de disette ou de maladie. Mais voilà que ce mot prend un tout autre sens aujourd’hui. Nouveau régime à la mode, arme redoutable contre le cancer ou encore stratégie détox imparable, le jeûne est partout. Mais de quoi parle-t-on, et quid du jeûne et de la santé ?

Qu’est-ce que le jeûne ?

Jeûner est une pratique qui, de tout temps, a été associée à divers fins : meilleure santé, auto-guérison, ou encore rite spirituel ou religieux. Sur le plan médical, le jeûne complet consiste à s’abstenir de tout aliment solide ou liquide, à l’exception de l’eau. Le jeûne est partiel si l’apport énergétique n’est pas nul, bien qu’il soit extrêmement modeste. Il peut être continu ou intermittent.
A distance des repas, l’organisme met en place des mécanismes de stockage, car il a un besoin constant en énergie. En période de jeûne, la baisse du taux d’insuline dans le sang et l’élévation du glucagon permettent à l’organisme d’utiliser ses réserves énergétiques. La priorité est d’apporter de l’énergie aux organes, en particulier au cerveau. L’énergie utilisée par le cerveau vient d’abord du glycogène hépatique, du glucose issu de la dégradation de certains acides aminés, et des acides cétoniques dérivés des acides gras. Les autres organes utilisent les acides gras comme substrats énergétiques.

Une adaptation progressive de l’organisme

Le jeûne peut être subdivisé en trois phases. Les 3 à 5 premiers jours, le glucose est synthétisé à partir de certains acides aminés, issus de la dégradation des protéines. A partir du 5e jour, et jusqu’à plusieurs semaines, l’organisme cherche à épargner les protéines. Il trouve son énergie par la synthèse de corps cétoniques. Après plusieurs semaines, le catabolisme protéique reprend.
L’organisme est alors en danger. Petit à petit, il puisse dans les muscles vitaux pour trouver l’énergie indispensable à sa survie. Les ressources s’épuisent, la fonte musculaire et cardiaque survient. Le pronostic vital est engagé. Pendant tout cette période de jeûne s’installent des carences en vitamines et minéraux.

Le jeûne, un miracle détox ?

Jeûne méditation, jeûne sophrologie, jeûne yoga ou encore jeûne randonnée, chacun sa formule miracle. Sur internet comme dans le commerce, les programmes de jeûne sont légions, surtout à l’approche de l’été. L’objectif affiché de ces cures est de « régénérer » l’organisme, de le purifier de ses toxines et surtout de le désencrasser, comme on le ferait avec un filtre d’aspirateur. Mais cette Vidange est-elle nécessaire? Ces cures sont-elles efficaces?
Le foie, le rein et les poumons sont de formidables usines d’épuration. Ils produisent des déchets qu’ils éliminent par la suite. Mais si vous êtes en bonne santé, vous n’avez aucune raison d’avoir l’organisme plein de toxiques. D’autant que les dernières études scientifiques sur le jeûne n’apportent aucune preuve que les cures détox aident à éliminer ces toxines.

Après une journée de tisane ou de soupe au chou, on se sent certes un peu moins lourd. Le système digestif est au repos. Le microbiote intestinal, l’ensemble des bactéries qui colonisent le tube digestif, retrouve son équilibre. Certains spécialistes avancent que jeûner permettrait de limiter les phénomènes inflammatoires. Si vous maintenez un apport hydrique correct et que vous ne prévoyez pas de faire deux heures de footing, jeûner une journée ne vous mettra pas en danger.
C’est tout autre chose pour un jeûne prolongé. Jeûner ne doit pas être considéré comme une méthode miracle, le remède à tous les maux.

Jeûner n’est pas sans danger

Danger numéro un : le cerveau a un besoin constant en glucose. Il est incapable d‘utiliser une autre source d’énergie. Pour alimenter les autres organes, en cas de jeûne, l’organisme utilise les corps cétoniques. En trop grande quantité, ces substances endommagent irrémédiablement les reins. Le corps utilise aussi les protéines, en puisant dans les muscles. La fonte musculaire entraine une fatigue importante. Vous vous sentez plus léger ? La balance indique un ou deux kilos en moins ?
C’est principalement de l’eau et des muscles que vous perdez. S’y ajoutent rapidement des carences en vitamines et minéraux. Fragilité cutanée, essoufflement, fatigue, paupière qui saute ou encore troubles du sommeil…sont des signes que le corps souffre.

Un jeûne court, ponctuel, en maintenant une hydratation correcte ne vous mettra pas en danger. Mais pas question de s’aventurer plus loin, et encore moins sans suivi médical. Au lieu de boire des litres d’infusions miracles ou de soupe détox pendant une semaine, pourquoi ne pas agir en amont ?
Si sauter un repas n’a jamais mis personne en danger, c’en est tout autre chose quand il s’agit de priver l’organisme d’énergie pendant plusieurs jours. Surtout si vous y associez une activité physique,
comme c’est au programme de certaines cures. L’activité physique demande un surcroît d’énergie que le corps est bien incapable de fournir si on le prive de substances vitales. Alors prévoir une « journée tisane » après un gros repas, pourquoi pas, mais pas sur le long terme. Le meilleur moyen pour débarrasser l’organisme des toxines est de …ne pas lui en donner. Pourquoi ne pas simplement agir en amont ? Essayez d’adopter une alimentation équilibrée, modérer les excès. Ce sera mille fois plus efficace, et votre corps vous dira merci.

Jeûner le nouveau secret pour maigrir ?

Qui n’a pas entendu parler du jeûne intermittent, ou du jeûne 5/2 ? Ces régimes font fureur. Ils consistent en l’alternance de périodes de jeûne plus ou moins longues, et de périodes de reprise de l’alimentation. Plus souples et en l’apparence moins dangereux que le jeûne total, ces régimes sont souvent présentés comme de nouvelles façons de perdre du poids facilement et rapidement. Des études ont montré que jeûner limiterait les mécanismes inflammatoires qui endommagent les cellules, et diminuerait la résistance à l’insuline, donc le risque de diabète.

Mais avec plus de dégâts que de bénéfices. Fatigue physique et intellectuelle, frustrations, compulsions alimentaires, angoisse, difficultés de concentration…sont les premiers signes que l’organisme souffre.

Sur le plan métabolique, jeûner, même de façon intermittente, altère l’équilibre glycémique, majore le risque de déshydratation et de carences nutritionnelles. Fonte musculaire à la clef. Eh oui ! Malheureusement, ce n’est pas directement dans le petit bourrelet qui vous dérange que l’organisme puise pour trouver de l’énergie. Le corps dégrade rapidement les protéines musculaires.

Retour de bâton …

Et que dire de ceux qui mangent deux fois plus lors du retour à une alimentation normale ? Ne leur jetez pas la pierre. Ces compulsions sont normales. Elles montrent que l’organisme réagit. Il a bien compris qu’il avait été privé de nourriture. Or il a un seul objectif, survivre. Après une période de jeûne, la sécrétion d’hormone orexigènes et le stockage sont favorisés. L’organisme a été privé de nourriture ? On ne l’y reprendra pas deux fois! Il a bien compris la leçon. Il s’empresse de faire des réserves. Quand on se remet à manger, il stocke plus et dépense moins. Pas sûr que ce soit votre objectif. Le poids perdu est rapidement repris Les kilos de muscles et d’eau perdus au cours du jeûne
sont remplacées par des kilogrammes de graisse. Cette mise en réserve lors du retour à une alimentation normale a permis à l’être humain de traverser les périodes de disette, pendant des millénaires. Le mécanisme est profondément ancré dans la « mémoire » de l’organisme. Sans ce mécanisme de mise en réserve, l’espère humaine n’aurait pas survécu jusqu’à aujourd’hui. Notre corps est une formidable machine, mais elle met du temps à changer. Notre mode de vie a considérablement évolué. Mais notre physiologie est la même que quand nous courions après le mammouth.

Un « pansement » qui ne soigne pas le mal

Surtout, jeûner ne résout pas les problèmes de déséquilibre alimentaire qui ont pu vous conduire à prendre un peu de poids. Ne vous lancez pas dans un tel régime sans surveillance médicale ! Parlez-en à votre médecin traitant ou à un autre professionnel de santé. Le jeûne doit être progressif. Il ne doit pas s’inscrire sur la durée. Il ne sera efficace que s’il s’accompagne d’une bonne hygiène de vie globale. Rien ne sert de jeûner si c’est pour rester toute la journée avachi dans son canapé ou continuer à fumer comme un pompier. Cela n’aura pas grand intérêt ! Mieux vaut une hygiène de vie
équilibrée au quotidien que des grandes « opérations ménages » qui bouleversent l’équilibre physiologique du corps et risquent d’entrainer compulsions, fatigue et anxiété. Puis un organisme fatigué qui aura vite fait de stocker quelques kilos en plus.
Si vous avez quelques kilos à perdre, privilégiez une alimentation équilibrée, variée, associée à un peu d’activité physique. N’hésitez pas à vous faire aider par un professionnel, comme ceux du site Miam Nutrition. Cela sera bien plus efficace sur la durée qu’un jeûne anarchique. Avec fatigues, sauts d’humeur à la clé, et derrière avec derrière un organisme fatigué qui aura vite fait de reprendre quelques kilos en plus…..

Dr Pradère – Médecin thésé en Santé Publique

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